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Changer de paradigme dans la filière médicale

René DESCARTES, dans son « Discours de la méthode », préconisait que l’Homme se rende « maître et possesseur de la nature » et identifiait les deux bénéfices de cette situation : d’une part, jouir des « fruits de la terre et de toutes les commodités » qui s’y trouvent et, d’autre part, rechercher la pérennité de la santé.

L’impact de la pollution atmosphérique sur la santé publique est devenu un problème majeur. En effet, elle est la cause principale de près de 7 millions de décès dans le monde en 2012 selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : « Ces chiffres représentent plus du double des estimations précédentes et confirment que la pollution de l’air est désormais le principal risque environnemental pour la santé dans le monde ».

La mise en œuvre, du droit à l’environnement ou des éléments principaux concernant les aspects substantiels et les aspects procéduraux du droit de l’environnement, implique que chaque personne a le droit d’entamer une action afin d’influer sur les décisions, actions ou omissions qui portent atteinte à la qualité de l’air, au niveau sonore, à la qualité des eaux, à l’hygiène au travail, à l’accès aux ressources naturelles (paysage, parcs, littoral, montagne, etc.), ou qui mettent en péril la vie de l’Homme.

Le problème sanitaire étant, il nous faut trouver des solutions autant pour combattre les causes et les conséquences. Les médicaments sont une façon de prévenir une dégradation de la santé, leur production est déterminante pour définir la politique de santé et leur effectivité pour une population qui ne demande qu’à être prise avec la considération qu’elle mérite.

La filière du médicament et la COVID comme piqûre de rappel

La santé et le bien-être des populations dépendent, des modalités d’adaptation biologique de l’Homme à un environnement hostile (sélection génétique, définitive pour un individu donné, et acclimatement, temporaire). Ainsi, la prévalence d’une maladie varie selon les caractéristiques de l’environnement. Il est aussi ce qui est « autour ». Est-il pour autant au service de l’Homme et particulièrement de l’Homme d’aujourd’hui peu soucieux du lendemain? Qui mieux que ceux qui ont vécu des millénaires avec les caractéristiques de notre environnement que nous-mêmes, l’expertise locale, autochtone et traditionnelle est une alternative simple et déterminante.

Le droit à l’environnement est avant tout un droit procédural pouvant être formulé comme « le droit à la protection de l’environnement », semblable au droit à la vie ou au droit à la sécurité des personnes. A défaut de pouvoir garantir à chacun la sauvegarde de sa vie ou de sa sécurité, l’Etat doit veiller à prévenir et à sanctionner les atteintes qui y seraient portées. La santé est un élément essentiel de mesure de la qualité, la destruction de l’environnement contribue à l’émancipation de maladie traditionnellement exclusivement animalière à émigrer vers l’humain. Ne pas avoir une position défensive bien encrée, nous expose de facto sans protection et une dépendance endogène et exogène.

Il est impératif de construire notre industrie de production et réalisation de besoins technologiques et médicaux. De l’indépendance à un passé récent seul 10% des besoins étaient couverts par le local (Entreprise Sénégalaise de Façonnage Industrielle (ESEFI), Laborex, Sanofi Afrique de l’Ouest, Top Négoce international, La SIPOA (Société Industrielle Pharmaceutique de l’Ouest Africain), Parke-Davis de l’Afrique de l’Ouest, SODIPHARM, Médis, COPHASE et Valdafrique). L’installation d’une industrie pharmaceutique viable ne procure que des avantages enviables par l’augmentation de la production locale, la diminution des importations, la lutte contre la contrefaçon et les faux médicaments, la création d’emplois, l’autonomie et l’indépendance par rapport à l’extérieur. Malheureusement, presque toutes les sociétés de production ne sont plus fonctionnelles.

Coût emploi autonomie indépendance

Le Sénégal disposait d’une entreprise du médicament assez viable, qui se révèle inexistante aujourd’hui. La COVID19, avec son cortège de désolation, nous a poussés à nous rappeler de la nécessité de nous rebiffer. Ainsi, pour un coût de plus de plus 150 milliards par an90% de la consommation locale de médicament est d’origine étrangère, donc ce qui représente un déficit de la balance médicale de plus 135 milliards annuellement qui aurait être foncièrement bénéfique aux sénégalais. Et mieux, toute indépendance des besoins non seulement permet de ne plus dépenser vers l’extérieur, mais aussi produit une possibilité d’exporter vers les autres qui en ont besoin. Ainsi, au lieu de créer du déficit, nous nous retrouverons avec un excédent financier plus que bénéfique. Celui qui donne contrôle et celui qui ne fait que recevoir subit et se rabaisse. Un groupe de sénégalais ayant compris cela, se résout à rétablir notre luxe d’antan à travers Téranga Pharma pour « assurer la souveraineté pharmaceutique du Sénégal à l’horizon 2029 ». Le groupe Téranga Pharma a pris le relais de l’usine Pfizer à Dakar. Il dévoile ses ambitions et se positionne comme une alternative à la demande urgente de fabrication de médicaments au Sénégal et sa distribution en Afrique.

Industrie adaptation finance R&D

Tant que notre déterminisme est sujet aux désidératas de l’étranger, il nous sera impossible de se prévaloir d’une autonomisation ou indépendance dans le domaine des médicaments ou des matériels médicaux et techniques. Une alternative sénégalaise est un must inéluctable sinon, nous n’aurons que nos larmes pour pleurer sur nos malheurs.

Téranga Pharma est une nouvelle industrie pharmaceutique sénégalaise créée par des actionnaires sénégalais composés de plus de 600 pharmaciens, médecins (en droite ligne du prestige de Fac de médecine de Dakar), autres personnels de santé et d’investisseurs qui misent sur l’expertise locale en vue d’« assurer la souveraineté pharmaceutique du Sénégal à l’horizon 2029 ». Une opportunité immense pour la recherche et le développement médical.

Le transport

Ne pas produire chez soi induit un coût multiforme supplémentaire. Ce dernier est financier d’une part à cause du coût additionnel réservé aux intermédiaires (production, courtiers, transporteurs, revendeurs, etc.), puis le coût carbone est d’autre part, plus qu’important plus la distance est élevée, et enfin l’impact écologique.

Si le bilan carbone maritime est estimé à 50% d’ici 2050, il est plus qu’indispensable d’emprunter des moyens de leur réduction. Les navires polluent de différentes manières. La plus répandue est provoquée par l´émission de particules fines (dioxyde de carbone, soufre…) suite à l´utilisation de carburants de très mauvaise qualité, par les eaux de ballasts, la pollution sonore, l’eutrophisation des eaux, etc. En ce qui concerne sous nos tropiques, les capacités de surveillance n’étant pas, il est essentiel de réduire les possibilités de présence de ces navires, en produisant localement.

La biopiraterie

Pour garantir notre survie ou la possession de nos ressources maritimes et terrestres pour les générations futures, il est essentiel d’entreprendre une bioprospection qui est l’inventaire et l’évaluation des éléments constitutifs de la diversité biologique ou biodiversité d’un écosystème particulier. Elle peut avoir un objectif scientifique, un objectif économique, ou encore viser à la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité suivant les principes de la Convention sur la diversité biologique. L’activité de bioprospection, menée à des fins économiques par les secteurs de la pharmacologie, des biotechnologies, de la cosmétologie ou de l’agriculture, suscite parfois des controverses. Lorsqu’elle n’est pas autorisée et encadrée légalement, la bioprospection peut aisément être qualifiée de biopiraterie. C’est notamment le cas lorsque des entreprises ou organismes de recherche brevètent sans autorisation ou contrepartie à des fins lucratives des substances recensées lors des inventaires des savoirs traditionnels nationaux ou locaux.

Quand les autres font jusque dans l’espionnage ou la ruse pour exploiter  nos connaissances. Nous nous résolvons à être de simples consommateurs de leurs vols de notre patrimoine.

Les réactifs

Les réactifs sont indispensables pour faire des analyses. Toutes les matières premières sont disponibles en Afrique, mais nous sommes obligés d’aller jusqu’en Inde, Israël ou France pour se procurer de réactifs issus des mêmes matières. Quelle ironique situation ou malédiction voulue nous sommes pour un pays qui n’a besoin d’une chose pour se développer, LE DECIDER.

Un pont impératif entre pharmacologie et tradipratique (exploitation de la connaissance empirique prouvée)

Les pays asiatiques ont réussi à associer leur passé avec la modernité. La médecine chinoise n’est pas synonyme de régression, ni de progrès. Elle a atteint seulement la notoriété par la définition claire des agents actifs contenus dans leurs traditions empiriques qui trouvent une répercussion moderne à travers des médicaments que nous utilisons en simples consommateurs comme l’Apdyl-H. Aussi bien pour les animaux comme nous autres sénégalais-africains, la petite plante d’à côté suffisait à calmer fièvre, toux, éruption cutanée, diarrhée, fièvre jaune, paludisme, etc. Pourquoi, ceux qui se réclament curateurs de maladie comme le SIDA, le palu, ou la COVID ne sont pas intégrés dans nos équipes de recherches universitaires. Il ne suffit pas de détenir dix kg de diplômes pour être utiles, indispensables er seuls détenteurs de la connaissance et des solutions médico-sanitaires. Sortons du système des torchons utiles qu’est le diplôme comme seul indicateur au pragmatisme du concret et du réalisme. Ampère porte le nom de quelqu’un (André-Marie AMPERE) qui n’est jamais à l’Ecole, de même que Albert Einstein, Faraday, Galilée, Edison, et parmi tant d’autres. Exploiter les potentiels qui sont sous nos tropiques ne peut être que bénéfique pour nous tous.

La malédiction d’une situation intentionnellement voulue ou politiquement entretenue :

Pourquoi avec autant de spécialistes, dans tous les domaines médicaux, nous n’arrivons pas à être médicalement et sanitaire développés, autonomes et indépendants ?

La réponse est évidente et terrible à accepter : Si l’on a autant de ressources humaines mondialement reconnues, soit nous ne sommes mus que par nos intérêts individuels par pur égoïsme, ou nous ne sommes pas préparés au développement en tant que nation à travers les politiques qui nous ont déterminées depuis les indépendances.

Dr Mariane SECK – Docteur en Droit de l’Environnement et de la Santé



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